Symboles pré-chrétiens dans nos rêves d’occidentaux

Tel un enfant apprenant sur différents plans, on peut penser que dans le psychisme collectif, l’acquisition dans un domaine induit un statu quo dans un autre, voire une régression.

Ainsi l’ère du christianisme a été pendant 2 000 ans l’occasion pour l’homme de progresser dans le domaine de l’esprit et le côté masculin de l’être humain. Il faut penser que l’avenir nous donnera le défi d’intégrer notre raison et mental et le corps et la féminité, afin de réaliser notre humanité et de préserver notre Terre, marquée comme notre corps du sceau du féminin.

Jung et d’autres auteurs dans son sillage ont largement traité du lien entre les images de notre psyché et le symbolisme des périodes historiques chrétiennes et notamment du XVIe siècle et ses alchimistes. Les trois articles « Art et religion en Gaule » qui précèdent traitent d’une période antérieure sur notre territoire. Le symbolisme propre à la religion et à la spiritualité de cette période pré-chrétienne apparait encore dans nos rêves (notre inconscient collectif). Il s’agit d’éléments refoulés collectivement du fait du christianisme (exemple : les déesses-mères). Peut-être faut-il repasser par là pour pouvoir d’une part comprendre certains symboles de nos rêves et d’autre part avancer dans l’intégration du féminin et du masculin en nous et dans le monde.

Vierge Noire D’Auvergne, survivance des déesses-mères pré-chrétiennes

Jung disait fort justement que pour comprendre une époque dans ses dimensions réelles et symboliques, il pouvait être utile de se placer à l’extérieur, que ce soit géographiquement ou temporellement.

Voici donc un résumé de quelques symboles pré-chrétiens pouvant apparaître dans nos rêves et présentés dans les articles pré-cités.

  • Première strate : symboles pré-celtes.

Les déesses-mères (culte solaire) pouvant apparaître en rêve (parfois hermaphrodites) sont à la fois liées à la vie et à la mort. D’autres aspects des cultes pré-celtes sont de nature animiste : le caractère numineux des animaux, sources (eau) et arbres remonte donc à cette époque. Les pierres levées peuvent représenter un lien entre ciel et terre, et on peut penser que les pierres présentaient un aspect divin.

  • Seconde strate : symboles celtes/gaulois

Malgré la présence de déesses féminines comme Epona, déesse jument psychopompe (guidant les morts vers l’autre vie) qui est une descendante probable des déesses-mères, la religion gauloise montre un plus grand nombre de divinités masculines : les trois plus grands dieux en Gaule étant masculins : Taranis dieu du ciel/bataille/mort, son nom signifie tonnerre et son symbole est la roue, c’est un dieu chtonien de la vie et de la mort ; Teutatès, dieu des techniques et du commerce ; Hesus, « le maître ». L’aspect chtonien, sous-terrain et ambivalent (bien/mal) est toujours présent, contrairement à la religion chrétienne, où seul le Bien est associé à Dieu (surtout dans le nouveau testament), tandis que le mal est scindé et associé au Diable. On nie donc dans cette religion la part d’ombre et de mal en l’homme et en Dieu. Le symbole du Soi jungien (roue, rosace, triskell, etc.) est déjà présent dans cette civilisation gauloise. Les gaulois ne représentèrent pas dans un premier temps leurs dieux sous forme humaine. Ainsi Cernunnos est un cerf puis un homme portant les bois de cerf, animal symbolisant la richesse et la mort. C’est un dieu de la mort et de la résurrection. Contrairement au christ, il est chtonien. Tarvos Triganaros, le taureau aux trois grues, était vraisemblablement auparavant un taureau aux trois cornes, qui selon la légende meurt sacrifié. Les trois cornes font penser aux trois serpents d’énergie présents dans le corps selon la spiritualité asiatique, et qui doivent être réunifiés dans le canal du centre pour l’ouverture du troisième œil. Les sacrifices, notamment humains, perpétrés à cette époque (Teutatès : étouffés, Taranis : brûlés, Hesus : écartelés), ont leur équivalent dans la psyché humaine et montrent que tous les éléments de cette psyché étaient alors projetés et pris au premier degré. Les ex-voto offerts par les gaulois aux divinités (petites statues) en remplacement des vrais sacrifices me font étrangement penser au petit bonhomme statue que Jung gardait religieusement lorsqu’il était enfant. Le sacrifice a également un écho dans la religion catholique avec le Christ.

Les druides avaient une morale développée, ce qui laisse penser à la lumière de ce que l’on sait de l’individuation qu’ils avaient unifié les différentes parties de leur humanité (corps/âme/esprit).

D’autres symboles gaulois existent : la colombe, la barque, passage vers l’autre-monde, etc.

On peut faire un parallèle avec les « 8 anges » du Yi King, 8 figures divines de ce système asiatique de divination en comprenant 64, élaboré par des sages au premier millénaire avant JC. Les deux divinités parents sont le ciel et la terre. Les trois fils sont le vent, le feu et le lac, et les trois filles le tonnerre, l’eau et la montagne.

Pour connaître le sens de ces symboles naturels millénaires qui apparaissent encore dans nos rêves, on peut se reporter au site de Tristan Moir :

http://tristan-moir.fr/dictionnaire-des-reves/

  • Troisième strate : la religion romaine/grecque

L’aspect solaire des divinités devient plus proprement masculin, les déesses-mères sombrant dans l’inconscient et devenant ainsi lunaires.

Leur panthéon est plus connu et contemporain de la naissance de la religion chrétienne.

Poséidon/Neptune

  • Quatrième strate : les religions orientales

Sur notre territoire, ont été vénérées aux premiers siècles de notre ère :Isis, déesse égyptienne de la mort et de la résurrection, Mythra, déesse du bien et du mal, déesse de l’armée et Cybèle et son parèdre Attis, pour qui on faisait des sacrifices de taureaux et rituels autour du sang (parallèle avec le Christ). La couleur violette et l’immortalité visée étaient associées à ce duo. Le sang devenu violet, couleur de résurrection fait penser à la couleur finale du processus suivi par les alchimistes : après l’œuvre au rouge, la teinture devait prendre une teinte pourpre pour la phase finale de la pierre philosophale.

Le Christianisme venu d’Orient amène comme d’autres cultes orientaux la notion de Salut : le comportement moral et les efforts jouent sur le futur des trépassés outre-tombe.

 

Le christianisme s’essouffle en Occident, malgré une tentative de renouvellement au XIXe siècle. Le XXe siècle a amené son lot d’événements rendant une partie des chrétiens incrédules quant au fait qu’ils soient accompagnés par Dieu. Nietzsche a formulé avec sa phrase lapidaire « Dieu est mort », le fait que la projection des contenus numineux contenus dans la psyché humaine a peut-être fait son temps…Ces symboles pré-chrétiens, j’en ai rêvé pour certains. Les deux plus chargés de numinosité étaient un rêve de rochers tombant du ciel, et un autre, où est apparue une déesse-mère hermaphrodite. Je reviendrai plus longuement sur cet archétype dans un article à part entière, car j’ai l’intuition qu’il est important pour notre époque, et il s’agit de celui qui m’intrigue le plus au-delà de la signification qu’il a revêtu au moment de ce rêve dans ma psychologie personnelle. D’autre part, je sais que je ne suis pas la seule à notre époque à rêver de ce genre de figure.

J’ai également vécu l’expérience un jour de 2015, dans un moment de conscience modifiée (avant une vision isolée et perturbante relatée dans la catégorie « phénomène psi ») que le divin ne se dirigeait pas seulement vers le ciel, mais bien aussi très profondément dans la terre. Dans le bien ET le mal.

La vie poussant sur la mort

Je pense donc que chacun peut dans l’exposé de ces croyances pré-chrétiennes trouver une profondeur à certains symboles de ses rêves et que nous aurons tout intérêt à nous pencher sur ceux avec lesquels on peut ainsi renouer pour y retrouver le féminin d’une part (La Vierge Marie, Eve la pécheresse et Lilith la damnée ne sont pas suffisantes pour représenter l’éternel féminin incarné) et l’unité bien/mal qui ont été artificiellement séparés durant 2 000 ans de christianisme, pour tenter de les apprivoiser et les intégrer en notre humanité. On y gagnera peut-être un meilleur traitement des femmes (1 viol toutes les 8 minutes en France), une meilleure canalisation de notre violence innée et une prise de conscience écologique au-delà des 3 pour cent d’électeurs aux dernières législatives…

 

 

Êtes-vous humains ? 3/3

L’homo sapiens a acquis sa spécificité d’espèce humaine (par rapport aux autres espèces humaines : Neanderthal, Denisova, Flores, etc.) du fait de trois révolutions selon Yuval Noah Harari.

Au passage Homo Sapiens est le seul humain sur terre depuis 10 000 ans. Sapiens a très certainement fait un sort dramatique aux grands mammifères du monde au fur et à mesure de ses conquêtes (on ne connaîtra pas les kangourous géants de 2m de haut, le lion marsupial, les autruches et koalas géants, les wombat de 2,5 tonnes, les lézards-dragons, les serpents de 5m, les oiseaux coureurs pour ne parler QUE de l’Australie…car il existait aussi en Amérique avant que Sapiens y mette les pieds des rongeurs de la taille d’ours, les lions géants, des chats à dents de cimeterre : environ 80 pour cent des espèces de grands mammifères ont disparu d’Amérique dans les deux millénaires qui ont suivi son arrivée. A Madagascar, il y avait les lémurs géants, un oiseau-éléphant de 3m de haut). Si l’on rajoute ce que l’on sait du racisme persistant envers les autres membres de notre propre espèce, cela ne laisse que peu de doutes au fait que la disparition des 7 autres espèces humaines soit liée à notre agressivité et violence…bien que quelques gènes de Néanderthal (1 à 4 pour cent chez la population du Moyen-Orient) et Denisova (6 pour cent chez les aborigènes d’Australie) subsistent dans notre génome prouvant un métissage. Ce volet n’est pas très flatteur pour notre espèce mais il faut sans doute admettre que notre espèce est extrêmement agressive et écologiquement parlant catastrophique, y compris envers les membres de notre propre espèce. Si seulement cela pouvait servir de leçon et permettre d’arrêter de tuer les autres espèces animales car nous sommes actuellement dans la troisième vague d’extermination des espèces animales après celle des fourrageurs et des agriculteurs : depuis 40 ans, la moitié des vertébrés ont disparu selon WWF …

http://www.lemonde.fr/biodiversite/article/2016/10/27/la-moitie-des-vertebres-a-disparu-en-quarante-ans_5020936_1652692.html

Encore faudrait-il le savoir et admettre que nous traînons dans notre ombre un passé de meurtrier hors du commun. Mais est-il besoin de continuer à tuer maintenant ?

Après ce volet négatif mais primordial, voici ce qui fait notre spécificité de sapiens, par rapport aux autres humains :

  • La révolution cognitive, grâce aux conditions de vie plus favorables, au langage qui permet d’augmenter la taille des sociétés, grâce à l’éducation des enfants et à l’échange d’informations.

Nous le savons, notre espèce est la plus ingénieuse de toutes les espèces d’humains et notre intelligence a augmenté depuis 100 000 ans.

  • La révolution agricole et la sédentarité: L’agriculture a permis de nourrir davantage d’humains, notre population a augmenté mais la qualité de vie ne suit pas pour autant. La nature s’en fout, le but est la reproduction des sujets, pas leur bien-être…Et il est trop tard pour une marche arrière. Nous ne sommes pas les seuls à avoir souffert : les animaux élevés le sont parfois dans des conditions abominables.

Les grandes sociétés augmentent le nombre de maladies circulant et l’ampleur des guerres. La question, vue notre nature n’est pas comment la guerre peut-elle être possible, mais comment la paix est-elle possible avec notre tempérament agressif. Les grandes sociétés ont induit les hiérarchies très organisées que l’on connait. Les mythes permettent de faire tenir celles-ci. Celui de l’argent par exemple : seuls 10 pour cent de l’argent du monde n’est pas numérique. L’unité du monde repose sur l’argent/les marchands/l’empire/la religion. Les nouvelles religions de Sapiens sont le nationalisme, communisme, le capitalisme, l’humanisme…quitte à en choisir une autant que ce soit une religion qui tente de faire un peu plus de Bien.

 

Une solution est peut-être de vivre en plus petite communauté : notre famille proche, des amis, des voisins, voilà la taille « humaine » naturelle de nos relations. Nul besoin de mentionner jusqu’où peut aller une foule lorsque les inconscients se déchaînent en groupe. Nul besoin de rappeler que l’empathie animale fonctionne mieux dans de petites structures avec des sujets connus.

Quant à la place de la femme, elle est bien sûr culturelle : les vieux hommes ont le pouvoir sur les jeunes, les femmes travaillent aux champs et pas les prêtres, hommes politiques et de droit. Ce n’est pas une question de force…

 

  • La révolution scientifique: L’observation et les mathématiques ont mené à une nouvelle religion : la recherche scientifique du progrès, avec notamment la médecine. Les sciences sont liées à l’impérialisme. Les génocides des terres conquises allaient de paire avec les recherches scientifiques sur le terrain, elles servaient de justification. Juste un exemple : 10 millions de Bengalis tués entre 1769 et 1773.

La nouvelle religion est le consumérisme croissant, jamais une religion n’a été si facile à observer : vivre à crédit en se faisant plaisir et en pariant sur l’avenir. Nous sommes tous des bookmakers. Sans considérations éthiques. La main d’oeuvre libérée par la production agricole gérée par peu d’hommes a maintenant un autre rôle : ACHETER. Mais on ne nourrit pas des chevaux avec du sucre…L’argent dépensé en Amérique pour les régimes pourrait nourrir les gens qui meurent de faim dans le monde.

La société a remplacé la famille: l’individu est libéré mais a perdu ses liens. Nous sommes seuls mais trop occupés à courir avec le temps, l’argent, les magasins pour nous en rendre compte. Les communautés sont imaginaires : Facebook, les fans de Cyprien, les propriétaires de montres Rolex, les gens « En marche » (désolée…moi je fais partie de ceux-qui-ne-sont-rien et fière de l’être :))

 

S’il faut encore prouver qu’il faut changer quelque chose à nos vies, il suffit juste de mentionner que le suicide tue plus dans le monde que les guerres et meurtres réunis…La bonne nouvelle (il en faut !) c’est que le nombre de meurtres diminue dans le monde et en Europe : de 20 à 40 pour 100 000 par an au Moyen-age, on est à 1 pour 100 000 en 2014 en Europe et 9 pour 100 000 dans le monde. Comme quoi tout n’est pas à jeter dans l’Etat. La violence est souvent familiale ou locale…

 

Mais il n’empêche que le bonheur vient de la satisfaction de nos instincts, Yuval Noah Harari parle de:

-l’instant présent, manipuler notre biochimie en méditant par exemple. Nous nous sommes hissés très vite au regard de l’évolution en haut de la chaîne alimentaire, ce qui peut expliquer nos restes d’angoisse : notre corps n’a pas eu le temps d’intégrer que nous ne sommes plus des proies quotidiennes.

-La communauté réduite, la famille, le couple, les liens sociaux

-les conditions matérielles suffisantes (au-delà de 6000 euros par mois, on n‘est pas plus heureux), un pas vers la décroissance, la vie simple

-l’absence de maladie et de douleur

-Le sens de la vie

Un bon baromètre dans ce domaine est l’ensemble des choses que les gens regrettent en fin de vie: avoir trop travaillé au détriment des relations avec leurs proches, avoir voulu trop plaire plutôt que suivre son coeur, exprimer ses ressentis, garder le contact avec ses amis, avoir fait le choix d’être heureux.

Mais aussi, au regard de nos ancêtres puisque selon Yuval Noah Harari : « La nature permet, la culture interdit », prendre ce qu’il y a de bon dans notre animalité et notre humanité et tenter de contrôler le reste en négociant, sans les refouler, avec nos côtés violents :

  • L’éducation
  • Le lien avec la nature: c’est un facteur important pour le bien être de notre espèce. Le sort qu’on lui fait illustre parfaitement ce que l’on s’inflige à soi-même: la nature en nous est tout aussi maltraitée.
  • Le rire
  • La place de la femme parce que d’une part notre vie est devenue plus facile et qu’il n’y a plus de raison de perpétuer l’écrasement de la femme pour se garder la nourriture rare (au passage voilà la raison de cette invention bizarre des chaussures à talons : tentative de compensation de notre petite taille due au fait que nous avons été affamées pendant des millénaires…eh oui, l’évolution aurait dû favoriser les grandes femmes à large bassin, mourant moins en couche, la différence de taille a certainement une raison autre que biologique) et que d’autre part la force physique n’est plus ce qui caractérise les points forts de notre espèce. L’homme aura à intégrer sa partie psychique féminine et la femme sa partie masculine.
  • Contrôler notre agressivité et notre violence innée,
  • Essayer de faire de son mieux d’un point de vue éthique.
  • Le langage, l’écriture
  • L’art, l’imagination, la beauté
  • Réguler les découvertes scientifiques et notamment les activités d’apprenti-sorciers autour de la génétique : nos enfants auront-ils encore le choix entre mourir et devenir des cyborg ? (bras dirigé par informatique, interface ordi/cerveau : Human Brain Project 2005, lapins fluos, projet de ressusciter Neandertal, etc.)
  • Au contraire, la prise en compte de la mort dans nos vies (faut-il sérieusement encore mendier 3 heures à son patron pour aller à l’enterrement d’un ami ??!! Mais dans quel monde vit-on ?)
  • Les croyances religieuses et la prise de conscience que ce qui était projeté sur des dieux extérieurs est en fait à dompter et apprivoiser dans notre psyché, car ainsi que le disait Nietzsche : « Dieu est mort » (Même si ces puissances se mettent en branle en lien avec l’extérieur, dans la relation au monde et à l’autre…je le sais car j’ai rencontré ces forces numineuses inimaginables  en plongeant dans ma psyché… mots dérisoires en comparaison avec cette expérience humaine). Cela implique d’essayer de devenir adulte et c’est loin d’être simple…cela implique aussi de connaître et d’affirmer notre individualité face à la masse. Martin Luther King parlait de devoir moral et de devoir intellectuel de ne pas se complaire dans la paresse intellectuelle, au risque de se laisser emporter dans des drames comme ceux du XXe siècle.
  • La fiction, se raconter…parce que nous sommes Hommes

 

  • DU TEMPS pour tout cela. Le temps de vivre, de réunifier notre être scindé à cause de la béné/malédiction de notre gros cerveau, à réconcilier avec notre âme de mammifère évolué puis, plus difficile, notre corps animal. Il faut pour cela un temps où on a conscience de vivre et où on n’est pas (trop) esclave de son patron, de son compte en banque, de son I phone.

Deux solutions s’offrent à nous :

– soit il faudra attendre une catastrophe écologique ou un changement climatique pour nous forcer à évoluer (très probable…) On sera alors contraints d’utiliser notre intelligence pour nous adapter. Et heureusement, si on trouve le moyen de s’autodétruire, d’autres espèces nous survivrons.

– soit il y aura suffisamment de personnes pour changer leur vie…et les sociétés changeront: on a le choix.

Comme je le dis souvent aux enfants qui doutent de leurs capacités : « Nous avons un cerveau d’homo sapiens, servons-nous en. »

Êtes-vous humains ? 2/3

Je débute cet article, qui a pour but de commencer à répondre aux quelques questions fondamentales posées dans l’article 1/3, par le clip d’une chanteuse française, dont les paroles sont fort justes. Elles évoquent notre héritage animal, notre spécificité humaine, notre Ombre (côté non conscient et donc destructeur et malfaisant)…à travers la musique et le langage, par lesquels passent nos émotions.

 

A l’aide du livre Sapiens, une brève Histoire de l’humanité (2015) de Yuval Noah Harari, professeur d’Histoire israélien, et du documentaire Premier homme (2017), dirigé par Pascal Picq, paléoanthropologue français, voici de quoi commencer à faire la part des choses. Il s’agit des dernières découvertes, nées de l’archéologie et de l’étude de l’évolution des espèces. Une donnée importante à souligner pour expliquer la précision des connaissances est que si toutes les branches filles d’une espèce ont une caractéristique commune, alors l’espèce mère la possède aussi.

Ce qui appartient à l’animal en nous :

Chez notre ancêtre grand singe catalan Pierola, 13 millions d’années

  • Le vivre ensemble, vivre en société (matriarcale pour celui-ci)
  • L’empathie, commune à d’autres espèces animales, ainsi que par conséquent les émotions
  • La marche debout (sur les branches des arbres)
  • L’apprentissage et donc le début d’une culture : exemple : la connaissance de l’herboristerie pour se soigner
  • Le rire
  • L’outil (bâton)
  • Les cadeaux

Chez notre ancêtre africain Toumaï, 6 à 7 MA. Il s’agit de notre ancêtre commun avec le chimpanzé :

  • L’apprentissage, les outils, la station debout se développent. La station debout a un impact sur les hanches des femelles qui se rétrécissent: la mortalité infantile est élevée mais dans le même temps les enfants qui naissent, prématurés par rapport aux autres mammifères, sont plus malléables pour apprendre. Cette station debout favorise aussi le développement de la main qui devient très habile.
  • La société est ici patriarcale. Alliance et violence se développent dans un début de pouvoir politique. Le meurtre et la guerre à petite échelle apparait pour s’approprier le bien de l’autre. La notion de territoire prend forme.
  • La préférence amoureuse, la séduction, le désir, l’accouplement face à face, l’échange de regard
  • Début du langage.
  • Conscience de la mort, début de sépultures, rituels et cérémonies sommaires. Le chimpanzé sait comme nous que la vie a une fin, il a conscience du temps qui passe.

Ce qui appartient à un entre-deux entre l’animal grand singe et l’animal homme, car tout n’est pas tranché, l’évolution étant progressive.

Chez notre ancêtre africain Naledi : 4 à 2 MA. Il s’agit d’un australopithèque. Ancêtre direct des paranthropes restés arboricoles comme Lucy, dont la lignée s’éteint vers 1 MA et de l’Homo Erectus, notre ancêtre.

  • Société patriarcale également, il semblerait que la dureté des temps (la nourriture manque…) ne favorise pas la condition des femelles/femmes. La loi du plus fort l’emporte.
  • Début de l’invention de nouveaux outils, d’une nouvelle façon de vivre : s’éloigner des arbres et de leur sécurité pour aller chercher la nourriture (charognes ?) au risque de rencontrer des prédateurs. L’imagination et l’intelligence commencent à se déployer. Le langage prend forme. Naledi anticipe ses besoins, fait des projets. La force ne suffit plus pour s’adapter, l’ingéniosité devient vitale pour survivre.
  • Cette nourriture apporte plus de nutriments au cerveau qui se développe et grossit.

Les hommes primitifs :

Ils migrent partout au nord et évoluent vers plusieurs Homo Erectus en Chine et en Europe.

  • Homo Erectus est très endurant, il chasse, est donc nomade, se construit des abris/camps.
  • Les clans peuvent être dirigés par un homme ou une femme, puisque l’ingéniosité, l’habileté politique, l’intelligence sont plus importants pour la survie et la vie. Le chef rend la justice, arbitre, répartit le travail selon les possibilités de chacun. La technologie est importante pour ces hommes, le troc apparait.
  • La découverte du feu, permet de cuire les aliments et la dépense énergétique pour digérer étant moindre, le cerveau grandit encore.
  • La sensibilité esthétique nait sans doute à ce moment.
  • Le couple nait à ce moment, les parures de la séduction aussi.
  • Grâce au cerveau gauche et à une modification du larynx, le langage a pu devenir très élaboré : l’homme raconte des histoires. Il parle du passé et de l’avenir. Cette fiction et les échanges permettent de faire tenir ensemble des sociétés avec de plus en plus de membres, car au naturel, nous sommes faits pour vivre par groupes de 12 à 50 maximum.

L’homo Erectus a pour descendants : l’homme de Pékin, de Solo et de Flores (Indonésie), Denisova (Asie centrale), Neanderthal (Europe) et leur contemporain

Homo sapiens, en Afrique, il y a 100 000 ans.

  • Les sociétés deviennent plus complexes.
  • Homo sapiens est plus inventif.
  • L’art nait, ainsi que les croyances, la croyance en la magie, l’écriture, la médecine, les sciences.
  • L’imagination de l’homo sapiens, combinée avec l’héritage des espèces ascendantes, mène à une complexité et une inventivité toujours plus importante. Il est le premier homme à naviguer. L’homo sapiens est un fabuleux rêveur…

Ce qui a permis à nos ancêtres d’autres espèces d’évoluer jusqu’à nous :

-La sécurité et le sommeil, la nourriture, la cuisson : le cerveau a grandi.

– La force puis l’ingéniosité des hommes.

– Les contraintes écologiques et changements climatiques qui ont poussé chacune des espèces de nos ancêtres à s’exiler et évoluer pour s’adapter à leurs nouvelles conditions de vie.

Dans le dernier article « Êtes-vous des humains ? 3/3 », je traiterai de l’évolution de l’homo sapiens depuis 70 000 ans: on n’en connait que les derniers fragments. Si vous avez auparavant envie de regarder le documentaire « Premier Homme » impressionnant de réalisme : en voici le lien sur Youtube :

 

 

Êtes-vous humains? 1/3

Qui sommes-nous ? Quelle est notre place dans ce monde, dans cet univers ?

Nous sommes faits, comme tout le reste, d’atomes, de molécules.

CHON. Carbone, Hydrogène, oxygène, azote. H2O…l’eau, qui nous constitue à plus de 70 pour cent. De la même matière que l’air, les pierres,  organisée en matière organique. Et du vide. Nous sommes effectivement des « poussières d’étoiles ».

A une échelle différente, nous sommes un agrégat de cellules. Comprenant un système producteur d’énergie identique à celui de cellules isolées, comme celles apparues dans les océans il y a peut-être 4 millions d’années  ou celles qui peuplent notre corps. Les gènes de ces cellules constituent la vie. Destinés à coder, telle une imprimante 3D, un être vivant se perpétuant, se reproduisant.

Lorsqu’on observe les embryons d’animaux évolués (reptiles, batraciens, oiseaux, mammifères, etc.), il apparait qu’aux premiers stades de formation de ces êtres vivants, ils sont ressemblants et qu’ensuite, les différentes espèces se « spécialisent ». L’organogénèse nous différencie dans un premier temps des poissons et batraciens, ne possédant pas le même système respiratoire. Puis des reptiles, du fait de notre sang chaud entre autres. Puis des oiseaux, du fait de la locomotion et de la parturition, différentes. « L’homme » fait partie des Mammifères.

Nous sommes donc des animaux aériens, à sang chaud, qui se meuvent sur terre et agissent à l’aide de leurs 5 sens, qui faisons naître des petits entiers et les allaitons. La spécificité de notre espèce d’homo sapiens parmi les mammifères est d’une part, notre verticalité et d’autre part notre cerveau, très gros, nous dotant d’une conscience et d’une intelligence certaine. Sans en avoir le monopole, nous sommes de plus des animaux sociaux vivant dans des sociétés très organisées.

Les ressemblances avec les autres espèces vivantes sont bien plus présentes que les différences.  Par la digestion et la respiration, nous métabolisons de l’énergie. Nous sommes issus du même code que ces autres animaux : l’ADN, en perpétuelle modification. Nous ne sommes qu’une version parmi d’autres, une espèce destinée à disparaître comme toutes les autres, qui ont vu ou verrons apparaître tôt ou tard des branches cousines. Une pensée pour toutes les autres espèces d’hommes, aujourd’hui disparues (de notre main?…), parmi elles, l’homo neandertalis.

Nous appartenons à une espèce en marche, qui se modifie jour après jour, naissance après naissance, mort après mort, comme dans un mouvement d’avalanche ou les volutes de neige se déversent en s’enroulant. Ainsi se déverse l’univers à une autre échelle.

Nous connaissons plutôt bien notre volet conscient : l’intelligence vers le positif comme vers le négatif, la raison, les inventions, le langage, les outils dans lesquels notre espèce est spécialisée, la construction, l’exploitation de la nature. De quoi alimenter les podcasts de France Inter et les programmes scolaires.

Nous sommes une espèce spéciale : nous sommes amis avec nos chiens, nous peignons des tableaux, nous avons des poils très longs sur la tête, nous croyons souvent en un dieu, ou en plusieurs, nous construisons des temples de l’outil : les centres commerciaux. Tout est complexe chez nous : la musique par rapport au chant simple des oiseaux, les jeux avec des stades de foot remplis quand les autres animaux jouent de manière moins organisée. La liste est infinie.

Où résident exactement nos différences avec les autres mammifères ? Celles  de l’intelligence raisonnée ne m’intéressent pas, on ne les connait que trop. Il me reste une volonté (paradoxale, j’admets !) de comprendre : qui sommes-nous d’un point de vue animal, instinctif (ça, nous l’avons oublié) et d’un point de vue spirituel où beaucoup reste à découvrir également. Notre passé et notre avenir…

Peut-être est-ce d’ailleurs la même chose…

Ce qui n’est pas conscient, raisonné pourrait justement nous rappeler ce qui fait l’humanité de notre espèce. Qu’avons-nous oublié de notre nature animale? Qu’en développer, qu’en juguler?  Qu’est-ce qui fait la spécificité de notre statut d’être humain par rapport aux autres animaux ? Répondre à ces questions conditionnera sans doute notre avenir et celui de nos enfants. Nous sommes les seuls dieux en ce monde, il serait temps que nous créions l’homme.