Êtes-vous humains ? 3/3

L’homo sapiens a acquis sa spécificité d’espèce humaine (par rapport aux autres espèces humaines : Neanderthal, Denisova, Flores, etc.) du fait de trois révolutions selon Yuval Noah Harari.

Au passage Homo Sapiens est le seul humain sur terre depuis 10 000 ans. Sapiens a très certainement fait un sort dramatique aux grands mammifères du monde au fur et à mesure de ses conquêtes (on ne connaîtra pas les kangourous géants de 2m de haut, le lion marsupial, les autruches et koalas géants, les wombat de 2,5 tonnes, les lézards-dragons, les serpents de 5m, les oiseaux coureurs pour ne parler QUE de l’Australie…car il existait aussi en Amérique avant que Sapiens y mette les pieds des rongeurs de la taille d’ours, les lions géants, des chats à dents de cimeterre : environ 80 pour cent des espèces de grands mammifères ont disparu d’Amérique dans les deux millénaires qui ont suivi son arrivée. A Madagascar, il y avait les lémurs géants, un oiseau-éléphant de 3m de haut). Si l’on rajoute ce que l’on sait du racisme persistant envers les autres membres de notre propre espèce, cela ne laisse que peu de doutes au fait que la disparition des 7 autres espèces humaines soit liée à notre agressivité et violence…bien que quelques gènes de Néanderthal (1 à 4 pour cent chez la population du Moyen-Orient) et Denisova (6 pour cent chez les aborigènes d’Australie) subsistent dans notre génome prouvant un métissage. Ce volet n’est pas très flatteur pour notre espèce mais il faut sans doute admettre que notre espèce est extrêmement agressive et écologiquement parlant catastrophique, y compris envers les membres de notre propre espèce. Si seulement cela pouvait servir de leçon et permettre d’arrêter de tuer les autres espèces animales car nous sommes actuellement dans la troisième vague d’extermination des espèces animales après celle des fourrageurs et des agriculteurs : depuis 40 ans, la moitié des vertébrés ont disparu selon WWF …

http://www.lemonde.fr/biodiversite/article/2016/10/27/la-moitie-des-vertebres-a-disparu-en-quarante-ans_5020936_1652692.html

Encore faudrait-il le savoir et admettre que nous traînons dans notre ombre un passé de meurtrier hors du commun. Mais est-il besoin de continuer à tuer maintenant ?

Après ce volet négatif mais primordial, voici ce qui fait notre spécificité de sapiens, par rapport aux autres humains :

  • La révolution cognitive, grâce aux conditions de vie plus favorables, au langage qui permet d’augmenter la taille des sociétés, grâce à l’éducation des enfants et à l’échange d’informations.

Nous le savons, notre espèce est la plus ingénieuse de toutes les espèces d’humains et notre intelligence a augmenté depuis 100 000 ans.

  • La révolution agricole et la sédentarité: L’agriculture a permis de nourrir davantage d’humains, notre population a augmenté mais la qualité de vie ne suit pas pour autant. La nature s’en fout, le but est la reproduction des sujets, pas leur bien-être…Et il est trop tard pour une marche arrière. Nous ne sommes pas les seuls à avoir souffert : les animaux élevés le sont parfois dans des conditions abominables.

Les grandes sociétés augmentent le nombre de maladies circulant et l’ampleur des guerres. La question, vue notre nature n’est pas comment la guerre peut-elle être possible, mais comment la paix est-elle possible avec notre tempérament agressif. Les grandes sociétés ont induit les hiérarchies très organisées que l’on connait. Les mythes permettent de faire tenir celles-ci. Celui de l’argent par exemple : seuls 10 pour cent de l’argent du monde n’est pas numérique. L’unité du monde repose sur l’argent/les marchands/l’empire/la religion. Les nouvelles religions de Sapiens sont le nationalisme, communisme, le capitalisme, l’humanisme…quitte à en choisir une autant que ce soit une religion qui tente de faire un peu plus de Bien.

 

Une solution est peut-être de vivre en plus petite communauté : notre famille proche, des amis, des voisins, voilà la taille « humaine » naturelle de nos relations. Nul besoin de mentionner jusqu’où peut aller une foule lorsque les inconscients se déchaînent en groupe. Nul besoin de rappeler que l’empathie animale fonctionne mieux dans de petites structures avec des sujets connus.

Quant à la place de la femme, elle est bien sûr culturelle : les vieux hommes ont le pouvoir sur les jeunes, les femmes travaillent aux champs et pas les prêtres, hommes politiques et de droit. Ce n’est pas une question de force…

 

  • La révolution scientifique: L’observation et les mathématiques ont mené à une nouvelle religion : la recherche scientifique du progrès, avec notamment la médecine. Les sciences sont liées à l’impérialisme. Les génocides des terres conquises allaient de paire avec les recherches scientifiques sur le terrain, elles servaient de justification. Juste un exemple : 10 millions de Bengalis tués entre 1769 et 1773.

La nouvelle religion est le consumérisme croissant, jamais une religion n’a été si facile à observer : vivre à crédit en se faisant plaisir et en pariant sur l’avenir. Nous sommes tous des bookmakers. Sans considérations éthiques. La main d’oeuvre libérée par la production agricole gérée par peu d’hommes a maintenant un autre rôle : ACHETER. Mais on ne nourrit pas des chevaux avec du sucre…L’argent dépensé en Amérique pour les régimes pourrait nourrir les gens qui meurent de faim dans le monde.

La société a remplacé la famille: l’individu est libéré mais a perdu ses liens. Nous sommes seuls mais trop occupés à courir avec le temps, l’argent, les magasins pour nous en rendre compte. Les communautés sont imaginaires : Facebook, les fans de Cyprien, les propriétaires de montres Rolex, les gens « En marche » (désolée…moi je fais partie de ceux-qui-ne-sont-rien et fière de l’être :))

 

S’il faut encore prouver qu’il faut changer quelque chose à nos vies, il suffit juste de mentionner que le suicide tue plus dans le monde que les guerres et meurtres réunis…La bonne nouvelle (il en faut !) c’est que le nombre de meurtres diminue dans le monde et en Europe : de 20 à 40 pour 100 000 par an au Moyen-age, on est à 1 pour 100 000 en 2014 en Europe et 9 pour 100 000 dans le monde. Comme quoi tout n’est pas à jeter dans l’Etat. La violence est souvent familiale ou locale…

 

Mais il n’empêche que le bonheur vient de la satisfaction de nos instincts, Yuval Noah Harari parle de:

-l’instant présent, manipuler notre biochimie en méditant par exemple. Nous nous sommes hissés très vite au regard de l’évolution en haut de la chaîne alimentaire, ce qui peut expliquer nos restes d’angoisse : notre corps n’a pas eu le temps d’intégrer que nous ne sommes plus des proies quotidiennes.

-La communauté réduite, la famille, le couple, les liens sociaux

-les conditions matérielles suffisantes (au-delà de 6000 euros par mois, on n‘est pas plus heureux), un pas vers la décroissance, la vie simple

-l’absence de maladie et de douleur

-Le sens de la vie

Un bon baromètre dans ce domaine est l’ensemble des choses que les gens regrettent en fin de vie: avoir trop travaillé au détriment des relations avec leurs proches, avoir voulu trop plaire plutôt que suivre son coeur, exprimer ses ressentis, garder le contact avec ses amis, avoir fait le choix d’être heureux.

Mais aussi, au regard de nos ancêtres puisque selon Yuval Noah Harari : « La nature permet, la culture interdit », prendre ce qu’il y a de bon dans notre animalité et notre humanité et tenter de contrôler le reste en négociant, sans les refouler, avec nos côtés violents :

  • L’éducation
  • Le lien avec la nature: c’est un facteur important pour le bien être de notre espèce. Le sort qu’on lui fait illustre parfaitement ce que l’on s’inflige à soi-même: la nature en nous est tout aussi maltraitée.
  • Le rire
  • La place de la femme parce que d’une part notre vie est devenue plus facile et qu’il n’y a plus de raison de perpétuer l’écrasement de la femme pour se garder la nourriture rare (au passage voilà la raison de cette invention bizarre des chaussures à talons : tentative de compensation de notre petite taille due au fait que nous avons été affamées pendant des millénaires…eh oui, l’évolution aurait dû favoriser les grandes femmes à large bassin, mourant moins en couche, la différence de taille a certainement une raison autre que biologique) et que d’autre part la force physique n’est plus ce qui caractérise les points forts de notre espèce. L’homme aura à intégrer sa partie psychique féminine et la femme sa partie masculine.
  • Contrôler notre agressivité et notre violence innée,
  • Essayer de faire de son mieux d’un point de vue éthique.
  • Le langage, l’écriture
  • L’art, l’imagination, la beauté
  • Réguler les découvertes scientifiques et notamment les activités d’apprenti-sorciers autour de la génétique : nos enfants auront-ils encore le choix entre mourir et devenir des cyborg ? (bras dirigé par informatique, interface ordi/cerveau : Human Brain Project 2005, lapins fluos, projet de ressusciter Neandertal, etc.)
  • Au contraire, la prise en compte de la mort dans nos vies (faut-il sérieusement encore mendier 3 heures à son patron pour aller à l’enterrement d’un ami ??!! Mais dans quel monde vit-on ?)
  • Les croyances religieuses et la prise de conscience que ce qui était projeté sur des dieux extérieurs est en fait à dompter et apprivoiser dans notre psyché, car ainsi que le disait Nietzsche : « Dieu est mort » (Même si ces puissances se mettent en branle en lien avec l’extérieur, dans la relation au monde et à l’autre…je le sais car j’ai rencontré ces forces numineuses inimaginables  en plongeant dans ma psyché… mots dérisoires en comparaison avec cette expérience humaine). Cela implique d’essayer de devenir adulte et c’est loin d’être simple…cela implique aussi de connaître et d’affirmer notre individualité face à la masse. Martin Luther King parlait de devoir moral et de devoir intellectuel de ne pas se complaire dans la paresse intellectuelle, au risque de se laisser emporter dans des drames comme ceux du XXe siècle.
  • La fiction, se raconter…parce que nous sommes Hommes

 

  • DU TEMPS pour tout cela. Le temps de vivre, de réunifier notre être scindé à cause de la béné/malédiction de notre gros cerveau, à réconcilier avec notre âme de mammifère évolué puis, plus difficile, notre corps animal. Il faut pour cela un temps où on a conscience de vivre et où on n’est pas (trop) esclave de son patron, de son compte en banque, de son I phone.

Deux solutions s’offrent à nous :

– soit il faudra attendre une catastrophe écologique ou un changement climatique pour nous forcer à évoluer (très probable…) On sera alors contraints d’utiliser notre intelligence pour nous adapter. Et heureusement, si on trouve le moyen de s’autodétruire, d’autres espèces nous survivrons.

– soit il y aura suffisamment de personnes pour changer leur vie…et les sociétés changeront: on a le choix.

Comme je le dis souvent aux enfants qui doutent de leurs capacités : « Nous avons un cerveau d’homo sapiens, servons-nous en. »

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Qui sommes-nous ? Quelle est notre place dans ce monde, dans cet univers ?

Nous sommes faits, comme tout le reste, d’atomes, de molécules.

CHON. Carbone, Hydrogène, oxygène, azote. H2O…l’eau, qui nous constitue à plus de 70 pour cent. De la même matière que l’air, les pierres,  organisée en matière organique. Et du vide. Nous sommes effectivement des « poussières d’étoiles ».

A une échelle différente, nous sommes un agrégat de cellules. Comprenant un système producteur d’énergie identique à celui de cellules isolées, comme celles apparues dans les océans il y a peut-être 4 millions d’années  ou celles qui peuplent notre corps. Les gènes de ces cellules constituent la vie. Destinés à coder, telle une imprimante 3D, un être vivant se perpétuant, se reproduisant.

Lorsqu’on observe les embryons d’animaux évolués (reptiles, batraciens, oiseaux, mammifères, etc.), il apparait qu’aux premiers stades de formation de ces êtres vivants, ils sont ressemblants et qu’ensuite, les différentes espèces se « spécialisent ». L’organogénèse nous différencie dans un premier temps des poissons et batraciens, ne possédant pas le même système respiratoire. Puis des reptiles, du fait de notre sang chaud entre autres. Puis des oiseaux, du fait de la locomotion et de la parturition, différentes. « L’homme » fait partie des Mammifères.

Nous sommes donc des animaux aériens, à sang chaud, qui se meuvent sur terre et agissent à l’aide de leurs 5 sens, qui faisons naître des petits entiers et les allaitons. La spécificité de notre espèce d’homo sapiens parmi les mammifères est d’une part, notre verticalité et d’autre part notre cerveau, très gros, nous dotant d’une conscience et d’une intelligence certaine. Sans en avoir le monopole, nous sommes de plus des animaux sociaux vivant dans des sociétés très organisées.

Les ressemblances avec les autres espèces vivantes sont bien plus présentes que les différences.  Par la digestion et la respiration, nous métabolisons de l’énergie. Nous sommes issus du même code que ces autres animaux : l’ADN, en perpétuelle modification. Nous ne sommes qu’une version parmi d’autres, une espèce destinée à disparaître comme toutes les autres, qui ont vu ou verrons apparaître tôt ou tard des branches cousines. Une pensée pour toutes les autres espèces d’hommes, aujourd’hui disparues (de notre main?…), parmi elles, l’homo neandertalis.

Nous appartenons à une espèce en marche, qui se modifie jour après jour, naissance après naissance, mort après mort, comme dans un mouvement d’avalanche ou les volutes de neige se déversent en s’enroulant. Ainsi se déverse l’univers à une autre échelle.

Nous connaissons plutôt bien notre volet conscient : l’intelligence vers le positif comme vers le négatif, la raison, les inventions, le langage, les outils dans lesquels notre espèce est spécialisée, la construction, l’exploitation de la nature. De quoi alimenter les podcasts de France Inter et les programmes scolaires.

Nous sommes une espèce spéciale : nous sommes amis avec nos chiens, nous peignons des tableaux, nous avons des poils très longs sur la tête, nous croyons souvent en un dieu, ou en plusieurs, nous construisons des temples de l’outil : les centres commerciaux. Tout est complexe chez nous : la musique par rapport au chant simple des oiseaux, les jeux avec des stades de foot remplis quand les autres animaux jouent de manière moins organisée. La liste est infinie.

Où résident exactement nos différences avec les autres mammifères ? Celles  de l’intelligence raisonnée ne m’intéressent pas, on ne les connait que trop. Il me reste une volonté (paradoxale, j’admets !) de comprendre : qui sommes-nous d’un point de vue animal, instinctif (ça, nous l’avons oublié) et d’un point de vue spirituel où beaucoup reste à découvrir également. Notre passé et notre avenir…

Peut-être est-ce d’ailleurs la même chose…

Ce qui n’est pas conscient, raisonné pourrait justement nous rappeler ce qui fait l’humanité de notre espèce. Qu’avons-nous oublié de notre nature animale? Qu’en développer, qu’en juguler?  Qu’est-ce qui fait la spécificité de notre statut d’être humain par rapport aux autres animaux ? Répondre à ces questions conditionnera sans doute notre avenir et celui de nos enfants. Nous sommes les seuls dieux en ce monde, il serait temps que nous créions l’homme.